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Coordination de projet industriel : un défi humain et technique

Victor Bommelaer

Lecture : 7 min - 1 août 2023

La coordination de projet industriel est un immense défi : tout au long du projet, les intervenants se succèdent, chacun utilisant ses propres outils et produisant des quantités importantes de données diffusées sous format papier ou numérique. Il en résulte une telle complexité que les méthodes classiques de collaboration et de partage de l’information montrent leurs limites.

Pour relever le défi humain et technique de la coordination de projet industriel, prenons d’abord la mesure des difficultés rencontrées et des conséquences néfastes qu’elles peuvent entraîner sur la conduite d’un projet. Nous verrons ensuite que ces difficultés ne sont pas insurmontables : de nouveaux outils numériques émergent pour améliorer la collaboration sur les projets industriels.

Les difficultés de la coordination de projet industriel

Les écueils liés à la coordination des équipes dans le cadre d’un projet industriel sont très nombreux. Nous en avons recensé trois que vous avez probablement déjà rencontrés.

1. Synchronisation des versions : comment rester dans le bon tempo ?

Coordonner un projet industriel, c’est d’abord s’assurer que les intervenants se comprennent et partagent une base de travail commune. Or, au fur et à mesure de l’avancée du projet, les documents -notamment les dessins et modèles- font l’objet de très nombreuses révisions. Il est donc fondamental de garantir, tout au long du projet, que les intervenants ont bien connaissance de la dernière version en date d’un document.
La profusion de documents et de versions atteint des sommets lors de la phase de classification d’un produit industriel, qui suit un processus itératif parfois très long : le bureau d’études produit des modèles 3D via un outil de CAO, puis les transpose en blueprints 2D afin que l’organisme de classification puisse les traiter. Les blueprints mis à jour sont renvoyés au bureau d’études, qui crée de nouveaux modèles 3D, et ainsi de suite. À chaque étape, il faut veiller à ce que toutes les parties aient accès à la bonne version des documents.
Une mauvaise synchronisation des documents revient à faire travailler les intervenants avec les yeux bandés, sans connaître l’état d’avancement des travaux réalisés par les autres équipes. Cette situation, qui découle de l’organisation même du partage de l’information, est propice aux erreurs et aux incohérences.
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2. Accès aux données : les limites de l’organisation en silos

Disposer de données pertinentes est crucial dans un projet industriel. Or ce besoin est contrarié non seulement par la quantité colossale de données générées, mais également à cause de leur dispersion à travers différents systèmes et formats de fichiers. Cette organisation en silos aboutit à une fragmentation des données, qui deviennent difficilement accessibles pour les parties prenantes.
Imaginez par exemple que les dessins et modèles d’un avion se trouvent dans le logiciel de CAO d’un bureau d’études, tandis que les données de performance des matériaux sont dans la base de données d’un laboratoire et les spécifications de sécurité dans des documents de l’organisme de classification. Un intervenant souhaitant vérifier la compatibilité d’un matériau avec les spécifications devra accéder à ces trois sources distinctes, ce qui est chronophage et sous-optimal.

3. Prise de décision : décider dans un environnement incertain

L’organisation en silos et la multiplication des versions de documents font d’un projet industriel un environnement incertain, dans lequel aucune partie prenante ne dispose d’une vision d’ensemble. En l’absence d’informations précises et à jour, les décideurs doivent s’appuyer sur des hypothèses ou des suppositions, ce qui peut conduire à des erreurs, et donc des dépassements de délais et de budget.
Prenons l’exemple d’un chantier naval : si une modification de conception n’est pas correctement relayée, le responsable de la logistique pourrait commander des matériaux inadéquats, générant des coûts supplémentaires et des retards. De même, les ingénieurs pourraient travailler sur la base d’anciennes spécifications, ce qui pourrait nécessiter des ajustements coûteux et chronophages.

Renforcer la collaboration grâce aux outils numériques

Le secteur industriel n’échappe pas à la transformation numérique et la déferlante d’outils conçus pour renforcer le travail collaboratif et améliorer la productivité. Partage de documents, messagerie, visioconférences, gestion de projet…il existe une myriade d’outils répondant à ces besoins, que les responsables de projets industriels peuvent mettre en œuvre pour améliorer la gestion de l’information et la communication entre les intervenants.

Bien que ces outils présentent de réels atouts pour améliorer la coordination de projet industriel, ils ne répondent pas à tous les besoins des entreprises de ce secteur, notamment parce qu’ils ne permettent pas d’avoir une vue d’ensemble du projet dans toutes ses dimensions. C’est précisément ce que permet de faire un jumeau numérique collaboratif.

Le jumeau numérique collaboratif : un outil révolutionnaire pour la coordination de projet industriel

La technologie du jumeau numérique (ou digital twin), que l’on définit comme une représentation virtuelle d’un objet, d’un processus ou d’un système, représente une avancée majeure pour la coordination de projet et le travail collaboratif dans le secteur industriel.

Précisons d’emblée qu’un jumeau numérique n’est pas un simple modèle 3D. Il s’agit d’un modèle intégrant non seulement les dimensions physiques du produit mais aussi toutes les dimensions du projet (temps, budget, matériaux, épaisseurs, etc.). En phase d’exploitation, les capteurs placés sur le produit transmettent des données au jumeau numérique, qui se comporte alors comme son homologue dans le monde physique.

Là où les méthodes traditionnelles de partage de l’information posent des difficultés d’accès et de synchronisation, le jumeau numérique centralise toutes les données du projet sur une plateforme. Lorsqu’un intervenant enrichit le jumeau numérique, l’ensemble des parties prenantes en est informé en temps réel. Ce mécanisme élimine les problèmes de synchronisation des versions de documents et garantit une mise à jour continue du modèle.

 

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L’aspect collaboratif du jumeau numérique va plus loin en ce qu’il permet les échanges directs entre les parties prenantes et offre la possibilité de faire facilement des itérations. En donnant à voir le projet dans son ensemble et dans toutes ses dimensions, le jumeau numérique favorise une meilleure compréhension et une prise de décision plus éclairée. À chaque étape, il donne aux intervenants toutes les informations dont ils ont besoin pour faire les meilleurs choix et contribuer à l’évolution du projet.

La coordination de projet industriel présente des défis humains et techniques importants. Les difficultés de synchronisation des versions, l’accès fragmenté aux données et la prise de décision dans un environnement incertain sont autant d’obstacles à la réussite des projets.

Cependant, l’émergence de la technologie du jumeau numérique ouvre de nouvelles perspectives pour l’industrie : centralisation des données, vue d’ensemble, collaboration en temps réel… Le jumeau numérique représente une avancée majeure pour la coordination de projet industriel.

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Industrie 4.0 : La data au service de l'efficacité opérationnelle

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